Passage/s de Do Ho Suh // London

L’histoire de Do Ho Suh n’est probablement pas si différente de la nôtre.
Il est né en Corée du Sud, est parti étudier aux Etats Unis, à New York, ensuite est passé par Berlin quelques temps avant de s’installer à Londres.

Certes, de la Corée à la Grande Bretagne, il y a une petite trotte que finalement peu de nous ont réalisé, mais de Paris à Bordeaux, ou de Bordeaux à Londres, emménager dans une nouvelle ville est toujours un déracinement.
Le fait est que nous avons tous eu à quitter notre ‘maison’ à un moment ou un autre pour construire une nouvelle vie.
Ces périodes de bouleversement et de reconstruction sont l’obsession de Do Ho Suh, à tel point qu’il utilise son art pour commémorer les lieux où il a vécu.

Dans la 1ère salle de son exposition Passage/s à la fondation Victoria Miro à Londres, il a cousu du tissu de maille colorée, recréant les portes et les escaliers de ses studios passés et des maisons qu’il a quitté.
Conçues comme des sculptures 3D au départ, elles ont été aplaties sur des plans 2D, comme si ces portes et ces escaliers avaient été écrasés par une anomalie temporelle, un accident dans l’espace, une apocalypse dimensionnelle.

A l’étage, il a transformé les poignées de porte et les boîtes à fusibles en sculptures en tissu sur des boîtes lumineuses de couleurs vives étonnamment brillantes.
Un film dans la salle du fond diffuse une promenade dans  son quartier londonien, au nord de la capitale.

C’est le dernier étage qui est le plus spectaculaire.
Il y passe d’une vision 2D à des pièces en 3D.
Reconstitutions parfaites en taille réelle des couloirs de sa vie, disposés bout à bout dans des tissus de maille doucement onduleux, de couleur pastel, les visiteurs se baladent au milieu de ces piéces aux nuances de verts, de roses et de jaunes scrutant les moindres détails … une serrure, des poignées de porte, un encadrement de fenêtre biseauté ou un interrupteur.
Ce couloir est comme un  espace de transition, décrivant les lieux que nous traversons tout au long de notre vie.

Ce sont des voyages, pas des destinations.
La collision des couleurs donne l’impression d’être en train de marcher dans un rêve, de flotter dans des souvenirs brouillés, enfermés dans un filtre Instagram.
Véritables travaux sur la mémoire, sur nos souvenirs d’instants fugaces de la vie, Do Ho Suh semble désespérément s’accrocher à des choses qu’aucun de nous ne peut retenir en gelant le temps.

Au final, son histoire est mon histoire, et rend l’exposition terriblement intime.
Je suis née sur un autre continent, mais les images captées au cours de mes nombreux déménagement dans ma ville, Bordeaux,  et ce qu’il m’en reste en mémoire sont, identiques.

A découvrir jusqu’à fin Mars.
Fondation Victoria Miro, 16 Wharf Road , London.