La tête haute d’Emmanuelle Bercot

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La 1ère scène, située 10 ans avant le récit principal, s’ouvre sur les yeux écarquillés d’un enfant de 6 ans, Malony, qui assiste dans le bureau d’une juge pour enfants avec désarroi et impuissance, au rejet de sa mère et à son abandon dans les mains de la protection de l’enfance.
Cette entrée en matière est juste là pour attester de la durée dans laquelle le quotidien de l’adolescent, essentiellement fait de violences physiques et morales,  s’inscrit.
C’est le début d’un long parcours de délinquant et d’une succession de rendez-vous dans le bureau de la juge.

Pendant près de 2H, Emmanuel Bercot nous plonge dans l’univers de Malony au cours duquel on intègre de manière un peu abrupte le domaine de la protection de l’enfance : CEF pour Centre d’éducation fermé, CER pour centre d’éducation renforcé …et en ultime recours la prison.

A la suite d’un vol de voiture, l’adolescent est convoqué chez le juge, avec sa mère, jeune femme totalement immature et irresponsable.
La réalisatrice va filmer les liens qui vont unir Malony à cette juge ainsi qu’à son éducateur.
Ils vont notamment l’aider à surmonter l’absence de repères, d’espoir et tenter de l’amener à réfléchir sur son avenir.
Il parviendra peu à peu à s’adapter au monde social et aux autres en prenant de la distance avec sa mère.
Car de toute évidence, Malony ne sait pas aimer : sa 1ere rencontre avec une jeune fille sera brutale et immature et identique aux rapports qu’il entretient avec sa mère, totalement irresponsable et dépassée par les événements.
Et c’est finalement quand celle-ci comprendra que son fils n’est pas son pote et qu’il est temps de lui remonter les bretelles qu’elle lui apportera sa plus belle preuve d’amour.

Les 3 principaux rôles sont tenus par Rod Paradot, Catherine Deneuve et Benoit Magimel.
Le premier réalise une magnifique interprétation avec une présence, une énergie et une complexité remarquables.
Il crève l’écran et réussit à rendre attachant son personnage tanguant toujours entre une violence non maitrisé et une sensibilité à fleur de peau.

Benoit Magimel est aussi épatant, il donne une profonde humanité à son éducateur, avec de vraies failles. Il affiche un jeu mature, épuré et confirme son immense talent qui rappelle celui de Patrick Dewaere entre force et fragilité.

 Enfin, Catherine Deneuve impressionne d’emblée.
Elle est remarquable en juge inventant dans l’instant la moins mauvaise réponse à une succession de situations catastrophiques, sans jamais trahir les exigences de sa fonction.

Ce billet sera ma participation au ciné-club de Potzina du mois de Mai sur le thème de la famille.