Paranoid Park de Gus Van Sant

La culpabilité est un drôle de sentiment qui m’est très familier.
Je suis capable de culpabiliser et de me triturer sans fin la tête pour la plus petite chose qui m’arrive ou arrive à mon entourage, certains de mes proches savent très bien en jouer.

Paranoid Park de Gus Van Sant est un film sur ce sentiment parfois si honteux, si terrible que souvent vous n’arrivez pas à le partager avec d’autres personnes que vous-même.
Paranoid Park vous confie un secret, celui d’Alex, jeune skater de Portland qui tue par accident un vigile le long d’une ligne de chemin de fer.
Vous le partagez avec lui, rejoignant progressivement son isolement et son détachement à l’égard de tout ce qui l’entoure.

Entre regret par rapport à l’acte et totale indifférence.
Entre crainte d’être arrêté et je-m’en-foutisme perpétuel.
C’est un poids qui pèse sur vos épaules à chaque instant, et dont vous ne pouvez pas vous libérer, car cela reviendrait à vous condamner.

Comme dans chacun de ses films, Gus Van Sant fait appel à nos sens, notre intuition, notre sensitivité.
Il nous plonge dans la tête d’Alex, et sa narration se construit en fonction de lui, avant, après, et pendant le drame qui va brutalement le confronter à une réalité qu’il ne soupçonnait pas.

Installé dans sa tête , le reflet de l’histoire est totalement différent : la petite amie devient une poupée sans sentiment, bizarrement apprêtée et uniquement obsédée par son dépucelage, les parents , des pantins tristes et préoccupés uniquement par des problématiques d’argent et de calendrier.

Paranoid Park fait partie d’un genre de films, plutôt américain, celui du film d’ado (à différencier du film pour ado ^^) ) , genre présent aussi bien à Hollywood que dans les productions indépendantes, genre qui peut produire des petits bijoux  comme Boy Hood Richard Linklater ou Les Combattants de Thomas Cailley.

On y retrouve pas mal d’éléments propres au teen-movie : les lieux que fréquentent le héros, des personnages stéréotypés mais le réalisateur propose une peinture de l’adolescence nord-américaine un brin différente.
A  l’adolescent rebelle de La Fureur de vivre de Nicolas Ray se substitue un jeune homme caractérisé par une absence de réaction, une indifférence glaçante propre à la société actuelle.

Au final, Gus Van Sant réussit à nous amener là où il le souhaite : ce film n’a pas comme thème la culpabilité du héros, mais sa distance au monde réel, attitude qu’on finit par intégrer avant de lui trouver des excuses..

 
 
Synopsis

Pitch : Alex, jeune skateur, tue accidentellement un agent de sécurité tout près du skatepark le plus malfamé de Portland, le Paranoïd Park.
Il décide de ne rien dire.