Dans le jardin de la bête d’Erik Larson

Une fois n’est pas coutume, je vais commencer par le résumé du livre pour bien situer l’histoire de ce roman.
Nous sommes en 1933, Roosevelt est président des Etats-Unis et cherche un nouvel ambassadeur à nommer en Allemagne. Avec la montée du nazisme, il va de refus en refus, jusqu’à que William Dodd, universitaire et chercheur de métier, issu du milieu rural, en mal de reconnaissance et pseudo ami du président accepte le poste.
Modeste et austère, cet universitaire de Chicago qui n’a jamais été diplomate – mais personne ne voulait de ce poste – a peu de goût pour les ors des palais. Il s’installe à Berlin avec sa femme, son fils et sa fille de 24 ans, Martha.
Belle, étonnamment libre pour l’époque, la jeune femme est vite séduite par les dignitaires du parti nazi et leur volonté de redonner au pays un rôle de tout premier plan sur la scène mondiale. Elle devient ainsi la maîtresse de plusieurs d’entre eux, en particulier de Rudolf Diels, premier chef de la Gestapo. 
Très vite alerté des premiers projets de persécutions envers les Juifs, son père essaie de prévenir le département d’État américain et de dénoncer les agissements du Führer.
En vain.

La position de Roosevelt lui-même sur « le problème juif » est ambigüe.
 Lorsque Martha tombe éperdument amoureuse de Boris Winogradov, un espion russe établi à Berlin, celui-ci ne tarde pas à la convaincre d’employer ses charmes et ses talents au profit de l’Union soviétique. Tous les protagonistes du récit vont alors se livrer à un jeu mortel, qui culminera lors de la fameuse « Nuit des longs couteaux ».

Autant le dire de suite, j’ai trouvé ce livre passionnant.
Fini hier soir tard, sur le vif, je livre sa critique ce matin…

Erik Larson dans sa façon d’écrire et livrer son récit arrive très bien à faire toucher du doigt l’atmosphère délétère de Berlin à cette époque

Il  a réussi à récréer la tension grandissante qui prend la capitale allemande pour ne plus la lâcher.
Tout le monde surveille tout le monde, tout en cherchant à plaire aux cadres du Parti, sans savoir s’ils seront encore vivants le lendemain.
Un document sidérant qui se lit vraiment comme un thriller.
J’ai été tellement captivé et surprise par sa lecture que je me suis arrêté plusieurs fois pour vérifier que les événements qu’il dépeint ont réellement eu lieu.

La démarche d’Erik Larson est celle d’un historien méticuleux et consciencieux, celle d’un homme qui passe un long moment à éplucher les ouvrages de référence et à rechercher des documents jusqu’ici inconnus ou inexploités, dormant le plus souvent dans les fonds des plus grandes bibliothèques du monde.
Pour ce dernier opus, il a puisé une grande partie de sa matière première dans les carnets de l’ambassadeur Dodd publiés sous le titre de Ambassador Dodd ‘s Diary par ses enfants Martha et Bill ainsi que les mémoires de Martha publiées sous le titre de Through Embassy Eyes complétées de divers documents personnels, dont des lettres d’amour superbes, de cette dernière qu’elle a léguées à sa mort.
A lire absolument.